Profil du Collectif d’Écrivains de Lanaudière;
historique et esprit qui nous anime.(Février 2008)
1.
Le CEL (Collectif d’Écrivains de Lanaudière) a pour mandat de favoriser la visibilité des écrivain-e-s de la région à l’intérieur des frontières de Lanaudière, et à l’extérieur de celles-ci. Le CEL veut favoriser l’écriture, la lecture, l’alphabétisation et des contacts originaux entre écrivains et lecteurs, des contacts qui ne tourneraient pas nécessairement autour de l’objet-livre (à vendre), par exemple.
2.
L’un de nos objectifs est de permettre à de plus en plus d’écrivain-e-s d’ici de se faire voir et valoir, à partir d’une région géographique assez difficile (limitrophe avec la grande région montréalaise, donc susceptible d’être noyée dans l’effervescence créatrice de la métropole). Nous souhaitons par ailleurs, par le biais de l’écriture publique, contribuer à démocratiser le geste d’écriture, qui en est un de mise en forme de soi. Avec un contact prolongé avec la personne, nous pensons en outre élargir le public-lecteur, curieux de se rendre ensuite en bibliothèque ou en librairie afin d’en apprendre plus sur l’écrivain lui-même, ou sur les auteurs qui auront été évoqués pendant l’écriture publique.
3.
Notre Conseil d’administration est composé de Jean Pierre Girard (président), de Christiane Melançon (secrétaire-trésorière), de Joanne Grégoire, de Jean-François Leblanc et de Diane Malo (administrateurs). Nous comptons également, comme membres honoraires, objecteurs de conscience et éminences parfois très grises, des gens comme France Mongeau, Stanley Péan, Jean Paul Daoust, Louis Mailhot, Diane Régimbald, Louis Hamelin, Claude R. Blouin, Suzanne Joly, Diane Poirier, Louis Cornellier, Donald Alarie, Louise Dupré et Jean-Éric Riopel, les Français Olivier Bleys et Fanny Germain, les Belges Jack Keguenne et Pascal Leclercq ou l’Italien Andrea Inglese, qui tous (avec d’autres), sont invités à donner leur avis sur les orientations que doit ou devrait prendre le CEL (afin entre autres de défendre des intérêts plus spécifiques que ceux qui étaient jusqu’en 2006 défendus par la défunte Association Littéraire Lanaudoise).
4.
Le CEL a été fondé en l’absence d’association régionale, en 2001. À la naissance de l’ALL (automne 2002), nous nous sommes concentrés sur des projets spéciaux qui concernent les écrivains reconnus par l’institution (UNEQ, CAC, CALQ, etc.), et cela en accord avec l’ALL qui s’occupait plus particulièrement des auteurs de la région (de l’album de bandes dessinées au livre de cuisine, mais en incluant un volet littéraire). Nous avions trouvé ainsi un modus vivendi idéal. À cause de la disparition de l’ALL, nous devons nous poser des questions importantes quant à notre rôle et nos orientations. Nous aurons d’ailleurs, en ce sens, joué un rôle de consultant fort apprécié, à la naissance du Collectif À voix haute, dirigé par Linda Amyot, qui organise des lectures publiques fréquentes et de fort belle qualité dans la région. Néanmoins, nous ne perdons pas de vue ce qui a prévalu à la naissance de CEL. Sa principale réalisation est la journée d’écriture publique — devenue fin de semaine du reste. Cet événement, nous l’espérons, sera l’amorce d’une Journée nationale d’écriture publique, d’ici quelques années. Nous organisons aussi des rencontres entre écrivains (du Canada et d’ailleurs) ainsi que des soirées de lecture et des rencontres-écoles, principalement avec les élèves de la Commission scolaire des Samares. Nous collaborons avec des organismes internationaux (OIF, pour le Prix des Cinq Continents, le PAC de Liège, différentes universités, etc.), et nous souhaitons parrainer un nouveau concours d’écriture dans les écoles secondaires de la région.
5.
Nous ne faisons pas payer de cotisation à nos membres, et toutes nos activités sont gratuites. Nous n’avons pas d’assemblée générale annuelle. Tout est une question d’esprit. Les écrivains qui participent aux activités officielles reçoivent cependant un cachet qui varie avec les années, selon les subventions et dons obtenus — nous estimons essentiel de rétribuer l’écrivain, acteur important dans le tissu social.
6.
Comme mentionné au point 4., le rôle du CEL en était d’abord un de visibilité, de diffusion et d’excellence littéraire, en même temps que d’originalité. Regroupement modeste, sans but lucratif, nous voulions simplement dynamiser la littérature à l’intérieur de notre région, d’une part, et favoriser le rayonnement de certaines activités singulières. Nous voyons bien, depuis quelques années, à quel point ce “service” d’écriture publique répond à des besoins variés, et nous sommes volontaires pour explorer les responsabilités qui incombent désormais à notre organisation. C’est un mandat très important, puisqu’il s’inscrit aux confluents d’organismes comme la Fondation pour l’Alphabétisation, l’Office québécois de la langue française et même des institutions en santé mentale (notamment l’institut-Philippe-Pinel, avec lequel nous cherchons à construire une aide à l’écriture en milieu carcéral).
7.
De plus en plus, nous souhaitons créer des liens avec les écrivains des autres régions et des autres pays. Un réseau, en quelque sorte. Plusieurs régions du Québec reprennent à leur compte l’activité d’écriture publique. Nous en sommes fiers et heureux, bien sûr, mais surtout rassurés. Voici pourquoi: Les foyers d'écriture sont un esprit, pas une activité, une Foire ou un Festival. Ils veulent construire les choses autrement. Si nous faisons de la publicité, par exemple, c'est pour que l'esprit se répande, et non pas pour avoir plus de gens à la poissonnerie — si c’était le cas l’écrivain ne pourrait pas prendre le temps, motivation au cœur de notre démarche. C'est nouveau, différent, ça jure dans le modèle ambiant (le modèle marchand) et c'est très important pour nous de sortir l'écrivain de cet écrin de vedette dans lequel plusieurs veulent qu'il soit placé — y compris les gens du public, y compris certains écrivains... Avec les foyers d'écriture, on propose du nouveau, pour ne pas dire de l’altérité. À Joliette, les gens marchent dans la ville et lisent dans les vitrines (300 citations peintes chaque année dans les vitrines des commerces). C'est nouveau. Ils voient un écrivain au supermarché IGA, assis entre les concombres et les endives. C'est assez nouveau. Ils écrivent avec lui. Pfff : totalement nouveau. Nous n'alignons donc pas la réussite de la relation entre l'écrivain et le lecteur sur l'achalandage, au contraire. Cela aussi, c’est nouveau, voire intrigant. C’est un paradigme différent qui est proposé, une véritable alternative qui vient questionner les lois de l'ENAP et les directives économiques qui sont en train d'ensevelir notre quotidien. Ces directives économiques sont essentielles, nous le précisons, mais la vision de l’artiste aussi l’est. Les gens sont mis devant des situations nouvelles, et ils doivent les vivre. Les Foyers d’écriture, c’est aussi la mise en veilleuse momentanée d’un monde dominé, voire aveuglé, par la course aux résultats, un monde qui oublie tout cet espace à occuper pendant le voyage. La "réponse", à nos yeux, est donc beaucoup dans l'offre faite, et un peu moins dans le résultat — dans le poème ou la carte de vœux écrite à la fin de la rencontre, et avec laquelle la personne ‘aidée’ repart. (Et dans cette rencontre, il n’y a pas qu’une seule personne qui soit ‘aidée’, mais bien deux.)
8.
Notre intuition, on le comprendra, est que ce monde a besoin de propositions nouvelles, d'alternatives. Pas d'originalité, mais bien de nouveauté. Il faut faire la différence. 'Tout le monde en parle', par exemple, est une émission originale, mais elle n’a rien de nouvelle. Les Salons du livre sont tous à peu près semblables, Paris, Montréal, Sherbrooke, Mexico, Bruxelles. Comme écrivains, nous sommes très inquiets que les Salons du livre soient tous semblables. Terriblement inquiets. À quoi jouons-nous là ? À quoi participons-nous, comme créateurs ? Que permettons-nous qu’il advienne ainsi ? Que se passera-t-il en aval, quand tout sera conforme, voire uniforme ? Nous trouvons ce phénomène inquiétant pour la condition humaine, ni plus ni moins. C'est pour cette raison que certains d’entre nous passent autant de temps bénévole sur le projet des Donneurs. Pour mettre de l'avant une formule compréhensible de nouveauté, déposer devant les gens une image de leur propre altérité, qui ne soit pas menaçante. Cette tentative, pour quelques-uns des écrivains et des proches de l’organisation, est même présentement plus importante, ou plus urgente, que leurs propres livres, leurs propres travaux. Et les écrivains, la plupart sans le savoir, et le public, le plus souvent sans le savoir, montent spontanément, voire naturellement dans ce nouveau paradigme, parce qu'ils y reconnaissent quelque chose d'eux-mêmes, qui leur manquait. C'est ça, l’esprit des Donneurs. Le fait que ce ne soit pas immédiatement compris n'est pas très grave : il faut oser proposer des formes nouvelles, sortir pacifiquement du connu, et tenir bon.
9.
Tout ce que nous suggérons aux organismes ou aux individus qui veulent mettre sur pied des Foyers d’écriture publique, qui souhaitent ainsi travailler à ce que se répande cette forme de Don, est de conserver notre devise: Tout ce qui n’est pas donné est perdu.
Jean Pierre Girard
Pour le CEL
Il faut faire aujourd'hui ce que tout le monde fera demain.
- Jean Cocteau